Biographie

Né à Québec en 1943, Sylvain Lelièvre s’intéresse jeune aux arts. La présence d’un piano à la maison le séduit et le stimule à découvrir son penchant pour la musique. Sylvain devient vite autodidacte en interprétant Chopin, Mozart et Schubert. À partir de là, le piano devient pour Sylvain le centre de son existence.

Il passe deux années à l’École d’architecture, mais il bifurque à la Faculté de lettres de l’Université Laval en 1963. Cette même année, il participe au Concours international de chanson sur mesure de la Communauté radiophonique des programmes de langue française (Canada, France, Belgique et Suisse). Il remporte le premier prix avec sa chanson Les amours anciennes, interprétée par Monique Leyrac. En 1966, Sylvain obtient sa licence en lettres.

Dès le milieu des années 60, il se produit régulièrement dans les boîtes à chansons de Québec. Ses spectacles l’amènent à rencontrer plusieurs personnalités de la chanson québécoise. Parmi les artistes qu’il rencontre figurent Gilles Vigneault, Robert Gadois, Danielle Oddera, Clairette et Victor Angelillo, son bassiste durant 35 ans. À la même époque, Renée Claude enregistre deux de ses pièces : Hiroshima et Chanson du bord de l’eau.

En 1968, Sylvain quitte Québec et s’installe à Montréal. Il est engagé comme professeur de littérature au Collège de Maisonneuve. Dans cet établissement, Sylvain crée le premier cours de chanson au Québec. En parallèle à sa carrière d’enseignant, il publie aux Éditions de l’arc de son ami Gilles Vigneault Les trottoirs discontinus. Il récidive en 1972 avec Les sept portes. Sylvain enregistre son premier album éponyme, en 1973, sous étiquette Le Nordet, aussi de son ami Vigneault. Deux ans plus tard, Sylvain lance Petit matin, chanson composée avec Stéphane Venneau qui connaît un succès instantané. Sur l’album figurent aussi Old Orchard, chantée en duo avec Fabienne Thibault, et Le blues du courrier. La même année, il livre un récital remarqué au Festival de la Chant’Août à Québec où il triomphe devant une foule de 12 000 spectateurs. En 1976, Sylvain revient sur disque avec le 33 tours Programme double qui expédie la chanson Marie-Hélène sur le hit-parades des stations de radio du Québec.

Au Théâtre de Marjolaine, cet été-là en Estrie, Sylvain collabore avec Michel Tremblay à la comédie musicale Les héros de mon enfance. Mise en scène par Gaétan Labrèche, Les héros de mon enfance met en vedette Edgar Fruitier, Dorothy Berryman, Pauline Martin, Véronique Le Flaguais, Mirielle Lachance, André Montmorency, Denis Mercier et Gaétan Labrèche. Sylvain retourne en musique en 1978 avec l’album Lettre de Toronto, titre qui gagne rapidement le palmarès des chansons les plus demandées de la radio. Il poursuit en 1979 avec le 33 tours Intersections dont les titres Moman est là et La banlieue démontrent les préoccupations sociales de l’artiste.

Sylvain effectue ensuite sa rentrée montréalaise avec le spectacle de son dernier disque Venir au monde, en 1981. Il publie un nouveau  recueil de poèmes et de chansons intitulé Entre écrire, aux Nouvelles éditions de l’arc. Après le Festival Mariposa de Toronto, à l’été 1982, Sylvain tient la tête d’affiche du Festival d’été de Québec avec l’Orchestre symphonique de Québec. Le printemps suivant, il participe au Printemps de Bourges, en France. Son album suivant, À frais virés, sort à l’automne 1983 avec deux titres populaires Le drop-out et Rock, banana-split et crème soda. Il reçoit cette même année la première Médaille Jacques-Blanchet remise pour la qualité et la persistance d’un auteur-compositeur pour son œuvre. Sylvain planche sur un nouvel album qu’il lance au printemps 1986. Tu danses trop vite et Lignes de cœur prennent d’assaut le top 10 des chansons les plus populaires de la radio québécoise. Fin 1989, Sylvain propose un nouvel opus intitulé Un aller simple sur lequel figure la très existentielle Je flâne en chemin. La production inclut deux chansons environnementales Ne coupe pas le mûrier et Tôt ou tard, que Céline Dion interprète durant sa tournée québécoise Unison.

Le début des années 1990 marque la publication de À mots découverts, recueil de chansons qui paraît chez VLB Éditeur. Sylvain retourne sur scène pour enregistrer un album devant public. Les accents jazz sont à l’honneur avec Qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves? Au gala de l’ADISQ de 1994, Sylvain remporte le Félix du «meilleur auteur et compositeur de l’année». Aux Francofolies de 1995, il est la tête d’affiche de la «Fête à Sylvain Lelièvre». Le spectacle réunit sur scène Daniel Lavoie, Michel Rivard, Isabelle Boulay, Edgar Fruitier, Danielle Oddera, Beau Dommage et sa fille Catherine, pour la chanson T’en fais pas, tu l’auras. L’année 1996 sourit aussi à Sylvain Lelièvre puisqu’il publie un premier roman : Le troisième orchestre. Ce récit campé à Québec dans les années 1950-60 offre un regard pertinent et authentique de l’avant révolution tranquille. Le roman gagne le cœur des critiques et du public; il est aussi publié par Québec Loisirs. À la suite de ce succès littéraire, Sylvain replonge dans la production d’un album et lance à l’automne 1998 Les choses inutiles. Avec ce nouvel opus, Sylvain entame une tournée du Québec qui le conduit au Théâtre Corona, à Montréal en 1999.

Sylvain est invité au Festival international de jazz de Montréal à l’été 2000, où il monte sur la scène du Gésu avec son sextette. Le Grand Théâtre de Québec le reçoit trois mois plus tard avec le même spectacle. Son virage jazz pleinement assumé, Sylvain se produit à l’automne 2001 au Lion d’Or pour son nouveau spectacle Versant jazz. Il joue à guichets fermés avec son sextette et offre des supplémentaires en février 2002. Il enregistre du même souffle un album devant public intitulé Versant jazz live au Lion d’Or. Durant l’hiver 2002, il parcourt le Québec avec son Versant jazz. Plusieurs spectacles sont annoncés pour l’été et l’autome suivants. Au retour d’un atelier d’écriture aux Îles-de-la-Madeleine, Sylvain subit une embolie cérébrale gazeuse sévère dans l’avion qui le ramène à Montréal. Il perd connaissance et prend la direction de l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Lévis. Il reçoit les meilleurs soins jusqu’à son décès le 30 avril 2002 à l’âge de 59 ans.

Depuis sa disparition, Sylvain fait l’objet de nombreux hommages. Inauguré en juillet 2004, le parc Sylvain-Lelièvre est un hommage que lui a rendu la Ville de Québec. Deux salles de spectacles portent son nom : les salles Sylvain-Lelièvre du Cégep Limoilou et du Collège de Maisonneuve. Les villes de Repentigny, Vaudreuil-Dorion et Rimouski possèdent toutes une rue Sylvain-Lelièvre. Le livre Toi l’ami. Cent regards sur Sylvain Lelièvre est un ouvrage de collages réunissant des témoignages et des photos d’archives de la carrière de l’artiste.